Olivia …
June 27th, 2007
Un tour du monde a vélo n’est jamais facile, mais avec notre drôle de tandem, entre la Cordillère des Andes, la démesure australienne et le tumulte asiatique, ce fut un festival. Au début, j’ai eu cette pensée délicate « Olivia a voulu partir, elle doit encaisser ». D’une phrase stupide, je lui ai dit que son handicap était un atout, parce qu’à force de se battre pour le surmonter, elle s’était endurcie ; mais n’en parlons pas, elle n’aime pas ça. Alors on a lutté, moi avec mon expérience et elle malgré mon expérience, pour franchir une à une les difficultés. Pendant que je mettais la route en équations, elle s’est débrouillée avec son corps qui hésite, trébuche, sème des pièges dans chacun des gestes du quotidien. IMC5*, joli paquet a trimballer jour et nuit pendant 38620 kilomètres. Il a fallu un peu de temps pour que le tandem trouve son équilibre, pas le vélo, la paire humaine, c’est plus difficile. Et puis vint l’Australie, quatre mois de concentration pour chercher notre passage entre chaleur, orages et vent de face. C’est là qu’Olivia s’est révélée, lutteuse, déterminée. Combien sommes-nous a l’avoir conseillée, raisonnée ? Ne fait pas ci, pas ça … trop dur pour toi … avec Yves tu ne crains rien ! Elle a pris sa revanche en plein désert quand j’ai « explosé », et que vidé, séché, je l’ai laissée appuyer seule sur les pédales pendant l’une des étapes les plus dures du voyage. Vous ne le savez peut-être pas, mais c’est elle qui a voulu ce tour du monde, elle qui a décidé de la date du départ. Je n’ai qu’un mérite, c’est d’avoir su tout de suite qu’elle irait au bout. Qui pensait qu’elle réussirait ? Quand tout commandait de renoncer, elle a tenu bon. Quand au cœur du Laos, j’ai proposé que l’on s’échappe par la plaine, une petite voix lui a murmuré d’affronter la montagne. Quelques mois plus tard, nous escaladions l’Alpe d’Huez et le col du Glandon sous la neige. Quand vous avez vu Olivia monter le raidillon qui conduit à la Chartreuse de Pomier, c’est une voyageuse au caractère bien trempé que vous aviez devant les yeux, une sportive qui ne cède rien. Un tour du monde à vélo répond à une logique toute simple : il faut « boucler la boucle ». Dans le dernier kilomètre où se concentrent toutes les attentes et les désirs du voyage, le bonheur de l’instant et l’envie de ne pas s’arrêter bouillonnent dans les têtes. Mais un tour du monde ne se termine jamais, il est en soi. Celui d’Olivia est une réussite.
Yves
* IMC5 : c’est presque un terme medical … on a ajouté un code confidentiel.



